Le blog de Mesrevesdelle !

Mélange de textes érotiques et de ptits mots ... Vous trouverez des textes très courts, ou de longues sagas, mais je gage que vous ne resterez pas indifférents ! N'hésitez pas à laisser vos commentaires ...

05 mai 2008

L'étreinte Sacrée

Le brouillard est dense; sur ce sentier côtier, je n'ai une visibilité qui ne dépasse pas les vingt mètres. Le paysage est magnifique: la côte est sauvage, déchiquetée. Quelques mètres plus bas, la mer vient s'écraser contre les rochers. L'écume s'envole, les embruns me fouettent le visage.

Depuis que je suis parti, je n'ai rencontré personne. Tant mieux. Ces promenades solitaires conviennent à mon esprit. Mon Vtt a failli déraper plusieurs fois, d'autant que je n'ai pas opté pour un rythme de sénateur. Loin s'en faut. Je suis bien trop impatient. Et excité ...

Certaines descentes sont pour le moins acrobatiques, et cela pimente cette promenade escarpée. L'adrénaline est déjà là, bouillonnante, pressante ... Je me suis fait une ou deux frayeurs, et je suis bien décidé à en découdre !

Le problème, c'est que je ne suis pas très concentré sur l'étroit chemin; je suis bien trop occupé à me demander comment, moi, le mécréant absolu, je vais m'essayer à de telles incantations ! J'en souris, et j'ai tout de même quelques éléments de réponse...

Quand bien même je n'adhère à aucune forme de religion, je reste tout de même sensible à certain phénomènes, et à quelques légendes. Au cours de mes voyages, j'ai écumé la Bretagne, j'ai écumé les boutiques ésotériques, j'ai rencontré quelques ermites, et je me suis laissé prendre au jeu ... J'ai rencontré une vieille dame. Mystérieuse, énigmatique. Elle m'a longtemps testé, pour savoir si j'étais digne d'entendre les précieuses indications dont j'avais besoin.

J'ai du réussir les tests, car elle est allée bien au-delà de mes espoirs. Elle a confirmé mes soupçons, en me donnant les clés de cet endroit, elle m'a tout de même mis en garde. Enfin, avant mon départ, elle m'a donné un petit coffret en bois. Il contenait quatre figurines en bois, primitives. Et sacrées...

Sauf ennui de dernière minute, je serai dans les temps, et je vais pouvoir disposer la dernière des figurines. Je serai même en avance pour rejoindre le point névralgique de cette configuration magique.

Au cours de mes recherches, j'avais trouvé la trace d'une légende. Un quadrilatère de douze kilomètres carré, délimitant un territoire sacré, déterminé par les plus anciens et les plus puissants des druides. Au fil du temps, cette zone est devenue une légende; chaque ancien l'a plus ou moins enjolivée, améliorée ... Mais quelques rares personnes savent vraiment. Et gardent leur secret précieusement.

Je suis vraiment étonné qu'un tel lieu puisse subister, que les pouvoirs qu'il recèle soient toujours aussi puissants. Mais le plus surprenant -et de loin- c'est que moi, je puisse y croire. Que je puisse tenter une telle expérience.

Me voilà arrivé près du dernier point. Il me faut laisser mon Vtt, m'éloigner du sentier et m'enfoncer dans les fougères qui tapissent le sol. J'ai un moment de crainte. Je ne suis pas certain d'arriver à trouver cette dernière pierre, au milieu de cette végétation. Penché en avant, je balaye des deux bras les branches, avant de trouver une pierre. Ce n'est pas la bonne. Je continue, avant d'en trouver une autre. Elle est presque invisible, tant l'emprise de la mousse est importante. Je gratte du mieux que je peux ... Je souris victorieusement. C'est la bonne. Les petits signes sont presque totalement effacés, mais ils sont là. Comme pour les trois autres points, j'enregistre les coordonnées GPS. Et j'installe la quatrième figurine. Il ne se passe rien, c'est prévu. Je reprends la route, plus déterminé que jamais.

Le brouillard se densifie plus encore ... Plus que deux ou trois kilomètres ... Je fends le brouillard, je m'enfonce dans la forêt. Des ronces me griffent les jambent, des branchent me cinglent le visage. Je tiens bon, et haletant, j'arrive dans une petite clairière. J'y suis ...

Je tends l'oreille, et outre les battements de mon coeur affolé, hormis les oiseaux, je n'entends rien.

Je prépare mes affaires; au centre de la clairière, je trace deux cercles sur le sol avec le sel qu'a préparé la vieille dame spécialement pour moi. Entre les deux cercle, j'installe troi galets, la pointe vers le ciel. Il m'a fallu des semaines, pour les trouvers au sein du quadrilatère. Derrière moi, j'entends des branches qui se cassent. Je me redresse et me tourne promptement. C'est elle ... Enfin !

Cela fait des moi que nous n'avons pu nous voir ! Elle est toujours aussi charmante, aussi désarmante ...

Nous voilà intimidés par ces retrouvailles, et nous nous embrassons presque maladroitement. Elle sait ce qui se prépare. Et elle sait également que je ne suis pas fou, ni illuminé. Elle est curieuse de voir ce que cela donnera ...

Je lui tends un papier, et lui demande de choisir un cercle, et d'y prendre place, face aux galets. Je serre très fort dans ma main le papier qui m'est destiné,  et je prends place dans le second cercle. Face aux galets.

Nous devons lire en coeur la première incantation. Vu de loin, cela doit nous donner des airs d'acteurs de série B ... Notre lecture terminée, je prends la petite serpe que la vieille dame avait préparé. Nous faisons une petite incision sur notre index droit, et nous déposons une goutte de nos sangs sur le galet de gauche, puis sur celui de droite. Nous lisons la seconde incantation, et ... Rien. Pas un signe, pas un spectre, pas un frémissement d'arbre ...

Serait-ce possible que ce intuition qui me taraude, celle qui me poussa à croire que nous nous connaissons depuis si longtemps pour partager une telle complicité, un tel amour soit fausse ? Je suis dépité, attristé. Pire encore, son regard triste à me voir douter ainsi me plonge dans un désarroi. Elle tend sa main vers moi, je ne peux que la saisir, me ratrapper à tout ce qu'il y a de plus tangible ...

Un étourdissement me happe ... Je la vois un instant flotter dans les airs, avant de me rendre compte que suis moi même à une trentaine de centimètres au-dessus du ciel, comme suspendu à un fil invisible. Puis un halo aux couleurs ambrées traverse le brouillard, la végétation autour de nous semble former une muraille imprenable ...

Nous perdons connaissance ...

Elle est la première à retrouver ses esprits... Elle se penche sur moi, m'appelle ...

Je refais surface péniblement, et la vision que m'est offerte est déroutante. Agenouillée à mes côtés, elle me tient la main et s'enquérit de ma santé ...

Je vais bien ... Mais ...

Tout autour de nous, tout a changé. La végétation est moins dense, les arbes n'ont presque pas de mousse. Mon vtt n'est plus attaché au chêne plusieurs fois centenaire, qui n'est un jeune arbuste naissant. Ma montre n'existe plus. Mes habits non plus. Du moins, pas comme avant. Avant ?

- Monsieur, vous m'avez effrayée ! Que dirait monsieur votre Père s'il apprenait que nous sommes ici, contre sa volonté ? Contre celle de ma famille ?

- Monsieur ?

A bien y réfléchir, sa tenue semble dater ... XIème ... XII ème ?

- Monsieur, il nous faut nous aimer, sinon jamais plus nous ne le pourrons ...

- Mademoiselle ...

Les mots ne viennent pas ... Elle se redresse, et délace lentement son corsage. Les joues rosies par la grave transgression, elle fait glisser sa robe sur l'herbe fraîche. Elle dénoue sa coiffe. Ses cheveux tombent en cascade sur ses épaules, et les pointes viennent masque pudiquement les mamelons dressés ...

Je suis prisonnier. Mon esprit semble ne plus pouvoir commander mon corps ...

- Monsieur ? Je vous imaginait moins mijauré ... Elle saisit le cordon de cuir qui noue ma culotte de velours. Le carré de tissu tombe sur mes cuisses, et sa main se pose avec douceur sur mon sexe érigé ...

Elle s'allonge sur le sol, ouvre ses cuisses, et m'appelle ... Je me penche sur elle ... Je me glisse en elle, contre elle ... La douce chaleur de son intimité me rappelle qui nous sommes; Je l'embrasse tendrement. Ces instants que nous vivons sont précieux, nous le savons. D'instinct. Nous nous aimons, lentement, avec langueur et volupté. Pourtant, nous ne sommes pas tranquilles, pas apaisés. Nous sommes aux aguets. Alors que nos rythmes s'affolent, que nous nous apprêtons à voler notre plaisir, à l'arracher à nos conditions, des cris nous parviennent ...

Trop tard ... la déraison l'emporte, et nous nous laissons emporter dans une jouissance saccadée, vitale ...

Un sifflement. Dans ma bouche, le goût acre de mon sang. Ses cris. Qui me déchirent plus atrocement que la lame qui tourne dans mon dos. Ses larmes ... Ma dernière vision.

- Je vous aime !

Les derniers mots que je peux entendre ... Le noir me hape. Dense et absolu. Un vertige. Un tourbillon.

Je reprends mes esprits, suffoquant, ivre de douleur, écoeuré par le sang encore frais sur ma langue. Elle revient à elle, hurlant son amour et sa douleur.

Nos larmes se rejoignent, le bonheur d'être à nouveau ensemble, réunis à défaut d'être unis. Dans mes bras, elle sanglote doucement. elle me serre si fort.

Nous ne ferons pas l'amour. Pas aujourd'hui. Pas en ce lieu.

Presque remis de nos émotions, nous reprenons nos chemins. Pas tout à fait opposés. Des chemins qui se croisent, s'éloignent et se joignent ...

Ainsi vont nos vies.

Posté par mesrevesdelle à 18:32 - Le journal d'une addiction... - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

Et si...

Elle est très troublante ton histoire tu sais

Et si effectivement cette sensation de se connaitre depuis toujours que l'on ressent parfois était bien réelle...
Ton récit me pousse à changer un peu ma vision des choses, m'offre d'autres perspectives, mais sème également un peu le doute en moi...

Des croyances que j'avais si souvent refoulées de mon esprit refond surface là...

Très réussit :o)

Posté par Soleildejuillet, 06 mai 2008 à 14:52

je n'avais pas encore découvert ce texte déroutant et ...enivrant !

bravo à vous !

Posté par Plume, 12 septembre 2009 à 09:12

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